Lors de la deuxième journée organisée dans le cadre du PCDN - faisant suite au festival des terres nourricières qui a eu lieu en novembre 2018 - pas moins de 80 personnes se sont déplacées pour en savoir plus sur le charbon végétal. Des citoyens, agriculteurs, maraîchers, étaient présents.

La matinée a démarré par la projection d’extraits de films et a été poursuivie par 3 conférenciers différents : Damien Dumont de Chassart de la société Greenpoch, Rudolf Koëchli fondateur de la ferme Arc en ciel de Wellin et Denis Morsomme fondateur et gestionnaire de la micro-ferme du Ponceret à Bastogne.

L’après-midi, une visite de la micro ferme du Ponceret fut organisée. Les serres y sont chauffées avec une chaudière à pyrolyse. Le charbon végétal (résidu) qui en sort est utilisé dans le poulailler et dans les cultures de pleine terre ainsi que dans les serres.

Pourquoi cette journée sur le charbon végétal ? En quoi cela consiste-t-il ?

Les conférenciers nous ont parlé d’une redécouverte de la Terra Petra (terre noire), créée en Amazonie par l’homme et d’aires de faulde (Nom, dans le nord, des fosses où l'on fabrique le charbon.)  existantes en Belgique dues à des méthodes traditionnelles de production de charbon végétal (Biochar) par nos anciens. Ces méthodes sont le fruit de décennies de travail agricole de civilisations locales, disparues brutalement et sans laisser de traces sur le secret de cet or noir de l’agriculture.

Aujourd’hui, le charbon végétal est produit à partir de copeaux d’élagages, de paille, d’écorces, de résidus de culture, de bois, de drèches (déchets de brasserie), … dans des chaudières à pyrolyse. Le charbon végétal (Biochar) est donc le produit d’une combustion contrôlée à une température spécifique, en limitant l’apport d’oxygène, de matières végétales, qui prend la forme de fragments noirs de petite taille.
Le charbon obtenu peut entre-autres être utilisé en agriculture - en alimentation animale, pour le paillage, pour le traitement du lisier, en amendement, pour augmenter le processus de compostage, la dépollution des sols, …- en vue d’améliorer la santé animale, celle des plantes et d’augmenter l’humus du sol. Il est composé principalement de carbone et de nutriments, sa porosité est élevée, sa capacité de rétention d’eau de 2x son poids. Il a la capacité d’augmenter le pH du sol.

Il semblerait que l’utilisation du charbon végétal pourrait séquestrer une partie de l’excès de CO2 dans l’atmosphère et permettrait de restaurer et de rendre les sols résilients, de stocker durablement du carbone, de diminuer la perte d’azote et de méthane, …

Très stable dans le sol, il peut stocker de grandes quantités d’eau et de nutriments disponibles qui seront disponibles pour les racines des plantes. Il permet d’être colonisé par de grandes quantités de micro-organismes, éléments importants pour la biologie du sol.
Ce n’est pas pour autant une « potion magique » qui donne des résultats spectaculaire seul. Il faut qu’il soit « soutenu » par des éléments « nutritifs » avant d’être incorporé dans le sol. Ce n’est qu’en procédant de la sorte qu’il jouera son rôle en termes d’augmentation du taux d’humus.

Le sujet est étudié depuis plusieurs années en Autriche, en Allemagne et en Suisse au niveau agricole. Les résultats sont sans contexte vraiment très parlants ! En effet, on sait aujourd’hui que chaque % d’humus représente une augmentation de la capacité de rétention d’eau d’environ 4m3/are. Que les fermes qui ont un taux d’humus faible ou en perte d’humus sont celles qui maintiennent l’utilisation de la charrue et les outils travaillant en profondeur et fréquemment. Il est dès lors facile de « transposer » cette information à l’échelle des potagers et des jardins d’agrément. Par exemple, un potager dans lequel le motoculteur est passé régulièrement peut être comparé, à petite échelle aux grandes cultures régulièrement charruées.

S’il y a absence drastique de l’humus la réussite de la croissance des végétaux dépendra directement de la fertilisation. Dans un sol vivant, c’est le contraire qui se produira !

Merci encore aux différents intervenants pour leur disponibilité et leur compétence qui a permis la réussite de cette nouvelle journée !

Michèle Zeidler et Chantal Van Pevenage

Samedi 9 novembre, en matinée, nous nous retrouverons pour approfondir le sujet du charbon végétal pour les potagistes.